Les Larmes des dieux
Vasques d'eau douce perdues dans les hautes terres, une centaine de mètres de long pour une vingtaine de profondeur, autour de 2 °C, d'une transparence irréelle et totalement sans vie. Plongée d'expédition pour les curieux.
IslandeEn Islande, on ne plonge pas d'abord pour la faune : on plonge pour la Terre elle-même. Une faille noyée d'eau glaciaire fait nager entre deux continents, et plus au nord une cheminée hydrothermale crache de l'eau à 72 °C par soixante mètres de fond. C'est une plongée de géologue autant que de plongeur, dans une eau souvent à 2 °C et d'une transparence qui n'existe presque nulle part ailleurs.
L'Islande est posée sur la dorsale médio-atlantique, là où les plaques nord-américaine et eurasienne s'écartent d'environ deux centimètres par an, le tout dopé par un point chaud volcanique. De ce hasard géologique naît un terrain de jeu qu'on ne retrouve nulle part ailleurs : d'un côté des failles remplies d'eau de fonte glaciaire, de l'autre des sources chaudes et une cheminée hydrothermale active. Ici, on plonge littéralement dans la fracture entre deux continents.
Le site roi, c'est Silfra, au parc de Þingvellir. L'eau vient du glacier Langjökull et met de trente à cent ans à filtrer à travers la lave poreuse avant d'affleurer dans la faille : c'est pour ça qu'on y voit à plus de cent mètres, et qu'on peut la boire en nageant. Il faut le dire franchement, Silfra est presque sans vie, quelques algues vert vif et rien d'autre la plupart du temps. Ce vide fait justement partie du charme : on flotte dans une eau si claire qu'on a l'impression d'être suspendu dans le vide, entre deux parois de roche que l'on touche parfois des deux mains à la fois.
Au nord, dans le fjord d'Eyjafjörður, se cache une curiosité de plongée mondiale. Pendant des années, les pêcheurs signalaient un obstacle dans le fjord ; les cartes marines l'ont carrément effacé en 1987, le déclarant inexistant. En 1997, deux plongeurs, Erlendur Bogason et Árni Halldórsson, sont descendus vérifier et ont mis au jour Strýtan, une véritable cheminée hydrothermale qui monte de 65 à 15 mètres et recrache de l'eau douce à 72 °C. C'est la seule au monde à portée de plongée loisir, devenue en 2001 la première zone sous-marine protégée d'Islande.
Le reste tient de l'aventure en eau froide plus classique : loups de mer débonnaires, lompes, morues dans les forêts de laminaires, et le lac géothermal de Kleifarvatn où des bulles de gaz volcanique remontent du fond. Rien de tropical, mais une intensité rare, à condition d'aimer le froid et de savoir le gérer.
Les sites d'eau douce, Silfra et Davíðsgjá en tête, se plongent toute l'année : l'eau y reste à 2-4 °C quelle que soit la saison. L'été apporte surtout du confort, des journées interminables, un air plus clément et une logistique plus simple. L'hiver offre le calme et parfois la neige tout autour de la faille, mais un air jusqu'à -3 °C qui rend les manipulations en surface plus rudes. La transparence, elle, ne change pas.
Pour l'océan, à Strýtan et dans le Nord comme au lac Kleifarvatn, la fenêtre utile va de mai à septembre : eau la plus « chaude » (7 à 11 °C), mer plus maniable, meilleure lumière. On évite le cœur de l'hiver, de novembre à février, pour les sites marins du Nord : jours courts, tempêtes fréquentes, sorties bateau souvent annulées. Sur tous les sites de mer, la météo commande, et une annulation de dernière minute reste toujours possible.
Poisson des mers froides du nord de l'Atlantique, à la tête massive et aux dents faites pour broyer oursins et coquillages. D'allure féroce mais placide, il se laisse volontiers approcher dans sa tanière.
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Près d'Akureyri, dans le Nord, c'est le domaine de la plongée en mer. On y trouve la cheminée hydrothermale de Strýtan et le champ plus accessible d'Arnarnesstrýtur, dans une eau froide (2-3 °C l'hiver, 7-9 °C l'été) mais riche en vie de fonds froids. Première zone sous-marine protégée d'Islande.
Voir sur la carteAu sud-ouest de Reykjavík, sur une zone volcanique très active, le lac Kleifarvatn (10 km², près de 97 mètres de fond) cache des sources chaudes sous-marines. Des bulles de gaz volcanique remontent le long de fissures tapissées de dépôts de soufre colorés, dans une eau plus douce que les sites glaciaires.
Voir sur la carteAu cœur d'un parc national classé à l'UNESCO, dans le rift médio-atlantique, cette zone abrite Silfra et Davíðsgjá, deux failles remplies d'eau de fonte glaciaire. L'eau y est constante à 2-4 °C avec une visibilité de 80 à 120 mètres. C'est la vitrine de la plongée islandaise, en combinaison étanche exclusivement.
Voir sur la carteLa faille reine, entre les plaques nord-américaine et eurasienne, où l'on touche parfois les deux continents à la fois. Fond limité à 18 mètres, eau à 2-4 °C, visibilité de 80 à 120 mètres, étanche obligatoire.
Voir sur la carteLa sœur plus discrète de Silfra, dans le lac Þingvallavatn : une longue faille étroite dont le sommet commence vers 7 mètres pour descendre à environ 21 mètres. Visibilité proche de 100 mètres, et l'on y croise truites et ombles chevaliers.
Voir sur la carteCône hydrothermal siliceux qui monte de 65 à 15 mètres et recrache de l'eau douce à 72 °C, environ 100 litres par seconde. Seule cheminée de ce type accessible en plongée loisir au monde ; plongée confirmée.
Voir sur la carteChamp de petites cheminées « fumantes » entre 15 et 23 mètres, moins profond que Big Strýtan et bien plus vivant : nudibranches, anémones et poissons. Le complément idéal du grand cône.
Voir sur la cartePlongée en lac géothermal : des sources chaudes et des fissures qui crachent des bulles de gaz volcanique à quelques mètres de la rive, où se mêlent eaux chaude et froide. Un site insolite et volcanique.
Voir sur la carteVasques d'eau douce perdues dans les hautes terres, une centaine de mètres de long pour une vingtaine de profondeur, autour de 2 °C, d'une transparence irréelle et totalement sans vie. Plongée d'expédition pour les curieux.
On arrive par l'aéroport international de Keflavík, à environ 45 minutes de Reykjavík ; pour le Nord et Strýtan, c'est l'aéroport d'Akureyri. Silfra, Davíðsgjá et Kleifarvatn se font tous en excursion à la journée depuis Reykjavík, à trois quarts d'heure ou une heure de route. Strýtan demande de monter jusqu'à Akureyri et se prévoit plutôt comme un séjour dédié.
Silfra ne se plonge qu'avec un club agréé (la plongée dans le parc de Þingvellir exige une autorisation, pas d'accès libre), en combinaison étanche obligatoire, jamais en humide. Il faut être certifié Open Water et titulaire de la spécialité étanche, ou justifier d'une dizaine de plongées étanches sur les deux dernières années ; âge minimum 17 ans. La combinaison humide est interdite, le fond est limité à 18 mètres et toutes les plongées sont encadrées. Ceux qui ne sont pas qualifiés étanche peuvent faire Silfra en snorkeling.
Côté sécurité, le froid est la vraie contrainte : cagoule, gants étanches et sous-vêtements techniques sont indispensables, et la maîtrise de l'étanche est non négociable. Le caisson hyperbare le plus proche est celui du Landspítali, l'hôpital universitaire national à Reykjavík (Fossvogur), avec un médecin de plongée joignable en permanence ; urgences nationales au 112. Côté budget, comptez autour de 160 dollars pour une plongée guidée à Silfra, location d'étanche comprise, et de l'ordre de 13 000 à 26 000 couronnes pour le snorkeling selon les transferts (tarifs 2026 indicatifs, à confirmer auprès des clubs).
Oui. Il faut être Open Water et titulaire de la spécialité combinaison étanche, ou pouvoir justifier d'une dizaine de plongées étanches dans les deux dernières années. La combinaison humide est interdite. Si vous n'êtes pas qualifié étanche, vous pouvez toujours découvrir Silfra en snorkeling.
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