Les Bermudes sont un archipel britannique isolé de l'Atlantique Nord, à environ mille kilomètres à l'est de la Caroline du Nord. Cette solitude océanique explique tout : le Gulf Stream qui les baigne y maintient les récifs coralliens les plus septentrionaux de l'Atlantique, une eau souvent limpide, et surtout un anneau de récifs affleurants qui, faute de repères, a fait sombrer les navires par centaines depuis le XVIe siècle. D'où le surnom de « capitale mondiale des épaves », avec un chiffre souvent avancé de plus de trois cents navires reposant autour de l'archipel.
La vedette est le Cristóbal Colón. Ce paquebot de luxe espagnol de 152 mètres, le plus grand jamais échoué aux Bermudes, s'est empalé sur un récif du North Shore en novembre 1936, son capitaine ayant confondu une tour de communication au large avec un phare. Resté visible en surface pendant des années, il fut dépouillé puis servit de cible d'entraînement au bombardement pour l'aviation américaine et britannique durant la Seconde Guerre mondiale. Ses débris sont aujourd'hui éparpillés sur une immense étendue de fond, entre 9 et 17 mètres, colonisés par mérous, barracudas et coraux.
La Constellation, elle, raconte une histoire de cinéma. Cette goélette américaine à quatre mâts et coque en bois, construite en 1918 et réquisitionnée comme cargo, coula en juillet 1943 alors qu'elle faisait route vers le Venezuela avec des matériaux de construction, des médicaments et sept cents caisses de whisky écossais. Ses ampoules de verre remplies de produits pharmaceutiques inspirèrent à l'écrivain Peter Benchley son roman « The Deep », porté à l'écran en 1977. Peu profonde, vers une dizaine de mètres, elle repose non loin de la Montana, un vapeur de la guerre de Sécession, si bien qu'on plonge souvent les deux épaves ensemble.
Les Bermudes conservent des épaves pour tous les goûts. La Mary Celestia, vapeur à roues à aubes et coque de fer, était un forceur de blocus confédéré qui sombra en 1864 peu après avoir quitté l'île, sur le South Shore, à un kilomètre au sud du phare de Gibbs Hill ; une campagne de fouilles en 2011 y a remonté des bouteilles de vin, de parfum et d'eau de Cologne encore scellées, restées sous l'eau près de cent cinquante ans. L'Hermes, ancien baliseur des garde-côtes américains de 50 mètres, fut coulé volontairement en 1985 comme récif artificiel et repose droit sur le sable vers 24 mètres. La North Carolina enfin, un trois-mâts anglais à coque de fer, se brisa sur un récif le jour de l'An 1880 et séduit par son atmosphère spectrale et sa faible profondeur.