Browning Wall
Un tombant vertical littéralement tapissé de corail mou, d'éponges et d'anémones, souvent cité parmi les plus beaux murs d'eau froide du monde. Visibilité de l'ordre de 25 mètres, courant marqué : on plonge à l'étale.
CanadaOubliez le lagon turquoise : le Canada, c'est de la plongée d'eau froide, exigeante et spectaculaire. Sur la côte Pacifique de la Colombie-Britannique, une eau verte et nourricière abrite pieuvres géantes, loups de mer et murs d'anémones. Côté Atlantique, Terre-Neuve garde des épaves de la Seconde Guerre mondiale et voit passer les icebergs. Et au cœur des Grands Lacs, Tobermory aligne les épaves en eau douce d'une clarté rare. Combinaison étanche de rigueur, et de sacrées rencontres à la clé.
Le Canada n'est pas une destination de plongée, c'est trois destinations qui n'ont presque rien en commun sinon le froid. À l'ouest, la Colombie-Britannique et l'île de Vancouver plongent dans un Pacifique vert, riche en plancton, brassé par de fortes marées. C'est là que se concentrent les rencontres les plus folles : pieuvre géante du Pacifique aux bras qui peuvent dépasser plusieurs mètres, loup de mer tapi dans sa faille, otaries joueuses en hiver, forêts d'éponges et d'anémones plumeuses sur des tombants comme celui de Browning Pass.
À l'est, la plongée de Terre-Neuve n'a rien à voir avec celle du Pacifique. Dans la baie de Conception, quatre minéraliers reposent au fond depuis 1942 : en pleine guerre, des sous-marins allemands sont venus torpiller les cargos qui exportaient le minerai de fer de Bell Island. Le PLM 27, le plus accessible, encaisse encore aujourd'hui les coups des icebergs qui dérivent au printemps. Plus au sud, dans le Saint-Laurent au large de Rimouski, l'épave du paquebot Empress of Ireland (1914, plus de mille morts) attend les plongeurs techniques par 40 à 45 mètres, dans une eau à 3 degrés et un courant sérieux.
Enfin, au centre, les Grands Lacs offrent une plongée d'eau douce à part. À Tobermory, dans le parc marin national Fathom Five, une vingtaine d'épaves du XIXe siècle dorment dans une eau limpide et glaciale, certaines posées bien droites par une trentaine de mètres de fond. Le premier parc marin national du Canada, où la visibilité dépasse parfois celle de bien des mers chaudes.
Une anecdote court dans tous les clubs de la côte ouest : Jacques-Yves Cousteau aurait décrit la Colombie-Britannique comme la meilleure plongée en eau tempérée au monde, juste derrière la mer Rouge. La formule est reprise partout, on l'entend d'un bout à l'autre de l'île de Vancouver. Honnêteté oblige : on parle bien d'eau « tempérée » et non froide, et je n'ai retrouvé la citation dans aucune source primaire datée. À prendre donc comme une belle légende de plongeurs, tenace et fondée sur le terrain, plutôt que comme une phrase gravée dans le marbre.
En Colombie-Britannique, le paradoxe fait sourire les débutants : la meilleure période, c'est l'hiver. De novembre à mars, l'eau descend à peine d'un degré ou deux mais elle devient cristalline. Le plancton s'effondre, les rivières ne charrient plus rien, le varech géant meurt et libère les sites. On passe alors d'une visibilité laiteuse de quelques mètres en été à 25, parfois 30 mètres et plus. Autrement dit, plus il fait froid, mieux on voit.
Ailleurs, la logique s'inverse et suit le calendrier. Terre-Neuve se plonge l'été, plus calme et un peu moins glacial, avec les icebergs qui descendent l'« Iceberg Alley » de fin mai à juin (ceux de juillet sont des retardataires imprévisibles). Les Grands Lacs et Tobermory ouvrent de mai à octobre, au mieux en plein cœur de l'été. L'Empress of Ireland, elle, reste une affaire de spécialistes sur une courte fenêtre estivale.
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Le joyau de la plongée canadienne. Une eau verte à 8-12 degrés sur la côte exposée, gorgée de nutriments, qui nourrit une des vies marines tempérées les plus prolifiques de la planète. On y plonge autour de Nanaimo (épaves-récifs et plongées du bord) et surtout à la pointe nord, vers Port Hardy, God's Pocket et Browning Pass. Fortes marées obligent : les plus beaux sites se font à l'étale.
Voir sur la cartePremier parc marin national du Canada, Fathom Five protège une vingtaine d'épaves d'eau douce d'une clarté exceptionnelle, dans le lac Huron. Du niveau initié au confirmé, avec une saison de mai à octobre. Enregistrement et pass de plongée obligatoires avant la mise à l'eau.
Voir sur la carteAu large de Sainte-Luce dort l'Empress of Ireland, coulé en 1914 avec plus de mille morts, la pire catastrophe maritime en temps de paix de l'histoire du Canada. L'épave gît par 40-45 mètres : eau à 3 degrés, courant fort, visibilité réduite. Une plongée technique sur un site historique désormais protégé.
Voir sur la carteDans la baie de Conception reposent quatre cargos minéraliers torpillés par les U-boots allemands en 1942, un rassemblement rare d'épaves de guerre accessibles. La région offre aussi la plongée près des icebergs à la fin du printemps. On rayonne depuis St. John's et la baie de Conception.
Voir sur la carteUn tombant vertical littéralement tapissé de corail mou, d'éponges et d'anémones, souvent cité parmi les plus beaux murs d'eau froide du monde. Visibilité de l'ordre de 25 mètres, courant marqué : on plonge à l'étale.
Point de chute isolé au nord de l'île de Vancouver, en resort ou en croisière. Loups de mer, pieuvres géantes, otaries et récifs couverts d'invertébrés dans une eau froide et vivante.
Plongée du bord facile où la rencontre avec la pieuvre géante du Pacifique est presque fidèle au rendez-vous, sur un tombant à quelques minutes de palmage de la rive.
D'anciens navires de la marine coulés volontairement, comme le HMCS Saskatchewan et le Cape Breton, aujourd'hui colonisés par la vie marine. Terrain idéal pour la formation épave et niveau avancé.
Spectaculaire récif de grès du détroit de Géorgie, longtemps le site le plus réputé au monde pour croiser le requin griset. Ces observations ont quasiment cessé depuis 2014, mais le site reste magnifique pour ses formations et sa vie marine.
Deux des minéraliers de Bell Island torpillés en 1942. Le Rose Castle est l'épave profonde emblématique, le PLM 27 la plus accessible, encore heurté chaque printemps par les icebergs à la dérive.
Le grand paquebot coulé en 1914, à 40-45 mètres au large de Rimouski. Plongée technique, eau glaciale et courant : un site chargé d'histoire, protégé, qui a déjà coûté plusieurs vies.
À Tobermory, le Niagara II repose bien droit par une trentaine de mètres dans une eau limpide, parfait pour progresser ; l'Arabia, un trois-mâts de 1884, se réserve aux plongeurs confirmés, plus profond.
On arrive par Vancouver pour la côte ouest, puis on rejoint Nanaimo ou l'on file vers le nord de l'île, à Port Hardy et God's Pocket, souvent en resort ou en croisière-plongée. Pour Terre-Neuve, tout part de St. John's et de la baie de Conception ; pour le Saint-Laurent, de Rimouski ; pour les Grands Lacs, de Tobermory (environ trois heures et demie de route depuis Toronto). À Tobermory, prévoyez l'enregistrement obligatoire et le pass de plongée en plus de votre certification.
La combinaison étanche est la norme, pas une option : entre 7 et 12 degrés en C.-B. selon la saison et l'exposition, et bien plus froid à Terre-Neuve, dans le Saint-Laurent ou en profondeur dans les Grands Lacs. Une formation eau froide et une bonne aisance en étanche sont vivement recommandées. Les brevets internationaux (PADI, SSI et autres) sont reconnus partout.
Côté sécurité, les vrais dangers ici sont le froid, le courant, la profondeur et parfois la faible visibilité : l'Empress of Ireland a déjà coûté la vie à plusieurs plongeurs. On plonge les sites à courant (Browning Pass, God's Pocket) à l'étale de marée. Caissons de recompression : Vancouver General Hospital en C.-B. (24 h/24) et le Health Sciences Centre de St. John's à Terre-Neuve. En cas d'urgence partout au Canada, la ligne DAN oriente vers le caisson actif le plus proche.
Oui, c'est quasiment incontournable. L'eau tourne autour de 7 à 12 degrés en Colombie-Britannique toute l'année, et elle est encore plus froide à Terre-Neuve et dans le Saint-Laurent. Une combinaison humide 7 mm reste jouable pour les plus endurcis en été côté Pacifique, mais l'étanche change tout en confort comme en sécurité.
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