Impossible de résumer les États-Unis en une phrase de plongée. Commençons par la Floride, la porte d'entrée la plus évidente. Dans les Keys s'étire le seul récif corallien vivant du territoire continental, ponctué d'épaves-récifs artificielles hors normes : le Spiegel Grove à Key Largo, le Vandenberg au large de Key West, deux anciens navires militaires de plus de 150 mètres devenus des cathédrales sous-marines. Plus au nord-est, autour de Jupiter et West Palm Beach, le Gulf Stream amène requins-bouledogues, requins-citrons et, chaque fin d'été, des dizaines de mérous géants venus frayer. Et sur la côte ouest de l'État, à Crystal River, on troque le sel pour des sources d'eau douce à 22 degrés toute l'année.
Changez de côte et tout bascule. En Californie, on plonge dans une eau froide et nourricière au milieu des forêts de kelp géant, la plus grande algue marine du monde, capable de pousser de plus d'un demi-mètre par jour. Monterey, au nord, tourne autour de dix à quinze degrés ; Catalina et les îles Channel, au sud, offrent un kelp plus dense et une eau plus claire. Otaries joueuses, garibaldis orange vif, ressac et courant : ici, la combinaison étanche ou une bonne semi-étanche n'est pas un luxe. Remontez la côte atlantique et le décor change encore : en Caroline du Nord, on descend sur le « Graveyard of the Atlantic », près de deux mille épaves dont beaucoup furent coulées par les sous-marins allemands en 1942, aujourd'hui colonisées par de paisibles requins-taureaux. Et au cœur du pays, les Grands Lacs conservent en eau douce glaciale des goélettes en bois d'une intégrité qu'aucune mer chaude ne permettrait.
L'histoire du Spiegel Grove résume bien le tempérament de la plongée américaine, capable du meilleur comme de l'imprévu. Le 17 mai 2002, pendant les préparatifs de sabordage, le navire a coulé prématurément et s'est complètement retourné, la proue pointant vers le ciel au-dessus de la surface, au grand désarroi des garde-côtes qui y virent aussitôt un danger pour la navigation. Il a fallu des semaines pour le basculer et l'ouvrir enfin aux plongeurs. Le clou du spectacle est venu trois ans plus tard : en juillet 2005, l'ouragan Dennis a redressé les 155 mètres de coque sur sa quille, exactement dans la position prévue à l'origine. La nature avait terminé le travail que les hommes avaient raté.
Autre image forte, à l'opposé du registre : chaque hiver, quand le golfe du Mexique se refroidit, jusqu'à six cents lamantins se réfugient dans le réseau de sources de Crystal River, où l'eau reste tiède. On les approche surtout en palmes-masque-tuba, dans un cadre strictement encadré par les autorités, et c'est l'une des rencontres les plus douces qu'un plongeur puisse vivre aux États-Unis. À l'autre bout du pays, la Caroline du Nord offre son contraire exact : le sous-marin U-352, coulé le 9 mai 1942 par le garde-côte Icarus à vingt-huit milles au sud de Morehead City, gît par trente-cinq mètres, devenu tombe de guerre et point de ralliement de requins-taureaux au regard fixe et à la nage lente.