Longtemps restée à l'écart des routes de la plongée, l'Arabie saoudite détient pourtant la plus grande façade de la mer Rouge, et de loin la moins fréquentée. Pendant des décennies, faute de visa de tourisme, la plongée y est restée une affaire d'expatriés et de résidents, concentrée autour de Djeddah. Le pays ne s'est ouvert au voyage d'agrément qu'en septembre 2019, avec le lancement du visa touristique électronique. Résultat : une mer Rouge à part, où des milliers de récifs du large n'ont quasiment jamais vu de palanquée, et dont les coraux ont été épargnés par la fréquentation intense qui marque la rive égyptienne, de l'autre côté du même bassin. On y plonge encore comme sur une frontière.
Djeddah, la grande ville portuaire, reste la porte d'entrée historique. Les bateaux appareillent de la crique de Sharm Obhur, au nord, pour une série de récifs de barrière et surtout d'épaves. La plus fameuse est l'Ann Ann, un cargo coulé en 1977 qui repose la proue plantée dans le récif d'Abu Faramish, la poupe filant vers une trentaine de mètres : c'est la plongée sur épave la plus exigeante de la région. Non loin, l'épave dite du Boiler, un vieux vapeur brisé sur le récif d'Abu Madafi, montre ses deux grandes chaudières vers dix-huit mètres au milieu de grottes et de passages, tandis que le Cable wreck, un caboteur chargé de poutrelles et de câbles d'acier coulé en 1978, gît sur son flanc près du récif d'Abu Tair. Pour les amateurs de gros, Ala's Reef, un mont sous-marin isolé, est le rendez-vous à requins de Djeddah.
Plus au nord, Yanbu s'est bâti une réputation de sanctuaire du corail dur. Au large du port, la constellation de pinacles des Seven Sisters déroule des tombants et des jardins coralliens d'une fraîcheur rare, et l'épave de l'Iona, un vapeur britannique repéré en 1980, complète le tableau. Mais le joyau saoudien se trouve au sud de Djeddah, au large d'Al Lith : le récif immergé de Shib Habil, à quatre kilomètres de la côte, abrite le premier rassemblement de requins-baleines jamais documenté en mer Rouge, étudié depuis la fin des années 2000 par les chercheurs de l'université KAUST. Chaque printemps, de mars à mai avec un pic en avril, de jeunes requins-baleines s'y réunissent, un phénomène encore mal expliqué mais spectaculaire, auquel se mêlent des raies mantas de récif fidèles au site depuis 2011.
Al Lith est aussi le port d'embarquement des croisières vers les bancs des Farasan, un dédale de récifs du large où l'on plonge sur des tombants qui glissent dans le bleu, réservé aux voyages en bateau de croisière et aux plongeurs à l'aise. Tout au sud, l'archipel des Farasan, au large de Jazan, est protégé de longue date au sein d'une vaste réserve naturelle, classée réserve de biosphère de l'UNESCO en 2021, la première du royaume, et inscrite depuis 2019 sur la liste indicative du patrimoine mondial. Enfin, à l'extrême nord-ouest, sur la rive saoudienne du golfe d'Aqaba, le pays construit les mégaprojets touristiques NEOM et son île Sindalah, tandis que Red Sea Global aménage la côte entre Umluj et Al Wajh : ces récifs septentrionaux, superbes mais encore en chantier, ne sont pas ouverts à la plongée de loisir à ce jour. L'Arabie saoudite est une destination en train de naître.