Israël est un pays de mer Méditerranée qui ne touche la mer Rouge que par sa pointe la plus au sud : une dizaine de kilomètres de côte au fond du golfe d'Aqaba, ce long bras d'eau profonde qui sépare le Sinaï de la péninsule arabique. Tout tient dans la ville d'Eilat et sa frange de récif, bordée par la Jordanie de l'autre côté du plan d'eau et par la frontière égyptienne de Taba, au sud. Cette étroitesse est paradoxalement une chance : le golfe est abrité des houles, l'eau reste chaude toute l'année, le courant est quasi nul, et l'essentiel des sites se rejoint directement du bord. On chausse ses palmes sur la plage, on descend quelques mètres, et le récif frangeant est là.
Le joyau de la destination est la réserve naturelle de Coral Beach, créée en 1964. Elle protège sur environ 1 200 mètres de rivage le récif corallien le plus septentrional de la planète, le seul de tout Israël, dans une eau d'une clarté remarquable. Sous la surface, la réserve déroule un platier de coraux durs, des rochers coralliens comme Moses Rock qui montent presque jusqu'à la surface, quelques grottes et tunnels naturels, puis un tombant qui glisse vers le bleu. La faune est celle du nord de la mer Rouge : poissons-clowns dans leurs anémones, murènes tapies sous les patates de corail, mérous, poissons-lions, seiches, pieuvres, et cette myriade de petites bêtes qui fait le bonheur des amateurs de macro et de photographie.
Eilat a aussi ses immersions volontaires et ses rencontres singulières. Au nord, au large de Village Beach, reposent deux épaves militaires devenues des récifs artificiels : le Satil, vedette lance-missiles de la marine israélienne issue de la lignée des vedettes de Cherbourg, sabordé au printemps 1994, et le Yatush, ancien patrouilleur, posés par une vingtaine de mètres de fond. Un peu plus au nord encore, le Dolphin Reef, ouvert en 1990, abrite une population de grands dauphins semi-libres qui circulent sans entrave entre un enclos ouvert sur la mer et le large : on peut y plonger ou y faire de la randonnée palmée au milieu d'animaux qui ne sont ni dressés ni contraints.
Cette petite côte est enfin l'un des rares sanctuaires à hippocampes de la région, et l'Observatoire sous-marin d'Eilat, aquarium public et centre de recherche installé au sud de la réserve, y conduit des programmes de conservation des hippocampes et des tortues. Le golfe d'Aqaba étant partagé par quatre pays, la plongée y reste concentrée sur une bande d'eau minuscule mais soigneusement gérée, ce qui explique la bonne tenue des récifs malgré une fréquentation intense, de l'ordre de plusieurs centaines de milliers de plongées par an.