Les Comores forment un archipel de trois îles volcaniques posées au nord du canal du Mozambique, à mi-chemin entre le continent africain et Madagascar. L'Union des Comores réunit Grande Comore, la plus grande, dominée par le volcan actif du Karthala qui culmine à deux mille trois cent soixante et un mètres, Anjouan la montagneuse et Mohéli la petite, la plus sauvage. Mayotte, la quatrième île de l'archipel géographique, est française et forme une destination à part. Jeunes et volcaniques, ces îles offrent sous l'eau une topographie singulière : les récifs cèdent vite la place à des coulées de lave, des tombants abrupts et des grottes creusées dans la roche noire.
Si les Comores fascinent, c'est d'abord grâce à un poisson. En 1938, un cœlacanthe est pêché au large de l'Afrique du Sud et identifié par la conservatrice Marjorie Courtenay-Latimer : on tenait pour éteint depuis des dizaines de millions d'années ce cousin lointain des premiers vertébrés terrestres. La véritable population fut retrouvée aux Comores, un second spécimen étant capturé près d'Anjouan en 1952. Le cœlacanthe vit sur les pentes volcaniques de Grande Comore, entre cent cinquante et sept cents mètres de fond, à l'abri des grottes de lave le jour, en chasse la nuit. On estime qu'il n'en reste que trois à quatre cents individus, et le pays les protège au sein d'un parc national dédié. Aucun plongeur ne verra jamais ce fossile vivant, bien trop profond, mais sa présence explique l'aura de l'archipel et le soin porté à ses fonds.
La plongée de loisir, elle, est jeune et concentrée sur deux îles. À Grande Comore, autour de Moroni et de la plage d'Itsandra, on descend sur des plateaux coralliens qui basculent sur d'anciennes coulées de lave, on longe le mur de Mungania et l'on s'aventure, pour les plus aguerris, jusqu'au banc Vailheu, ce volcan sous-marin battu par les courants où rôdent les requins-marteaux. Mohéli, cœur du seul vrai parc marin du pays, offre les récifs les plus riches, des pinacles couverts de corail, une macrofaune exceptionnelle et des tortues vertes par milliers. Anjouan garde des récifs et une réserve marine à Shisiwani, mais sans structure de plongée établie à ce jour. Partout, on croise mérous, murènes, napoléons, perroquets, barracudas, tortues vertes et imbriquées, raies aigles et raies mantas, requins de récif et bancs de dauphins.
Il faut le dire franchement : les Comores restent une destination d'aventure. On y accède par un seul aéroport international, à Moroni, et les liaisons intérieures se font en petit avion ou en vedette. Le pays, indépendant depuis 1975, a connu une histoire politique agitée et ses infrastructures médicales sont très limitées, au point qu'une évacuation sanitaire est souvent nécessaire en cas de pépin. Les autorités françaises appellent à la vigilance renforcée. On y vient pour la rareté, les baleines de la saison sèche et le frisson de plonger là où sommeille le plus vieux poisson du monde, en préparant son voyage avec soin.