Bahreïn est un archipel bas et discret, coincé dans un golfe entre l'Arabie saoudite, à laquelle il est relié par une chaussée, et la péninsule du Qatar. Sa mer ressemble à ses voisines : peu profonde, chaude, souvent chargée de sédiments, très loin des eaux limpides de la mer Rouge. La plongée y est restée longtemps une affaire de résidents et de quelques clubs, mais le royaume a su lui donner un visage propre en investissant dans le tourisme sous-marin.
La vitrine, c'est Dive Bahrain, un parc sous-marin ouvert en 2019 au large de Muharraq, tout près de l'aéroport. Sa pièce maîtresse est la carcasse d'un Boeing 747, l'un des plus gros avions jamais immergés, posé par une vingtaine de mètres de fond. Ses promoteurs l'ont présenté comme le plus grand parc à thème sous-marin du monde ; l'appareil s'est en partie disloqué depuis son immersion, on le dira honnêtement, mais l'ensemble reste une plongée spectaculaire à l'échelle du Golfe. Le parc a aussi accueilli la réplique d'une maison de marchand de perles, hommage au passé du pays, et des récifs artificiels qui attirent peu à peu la vie.
Autour de cette vitrine, la plongée bahreïnienne s'appuie sur quelques valeurs sûres. L'épave du Fifi, un remorqueur détruit par le feu et coulé au début des années 1980, gît par petits fonds à quelques kilomètres à l'est de la côte : facile, poissonneuse, c'est un classique des clubs. Ailleurs, ce sont surtout des récifs artificiels et des hauts-fonds sableux, des sites peu profonds et accessibles qui conviennent à la formation et à la photo macro. La visibilité, modeste, se mérite en choisissant la bonne saison.
Le fil rouge du pays, c'est la perle. Avant le pétrole, Bahreïn vivait de ses bancs d'huîtres perlières, aujourd'hui inscrits au patrimoine mondial au titre du chemin des perles. On ne plonge pas sur un site perlier balisé, mais cet héritage imprègne toute la culture maritime du royaume. La faune, elle, est celle d'une mer extrême : tortues, raies, murènes, mérous et seiches, des espèces qui s'accommodent d'une eau frôlant dix-huit degrés en hiver et dépassant trente-trois en été. Ce n'est pas une destination de plongée majeure, et personne ne le prétend, mais c'est une escale de curiosité qui a du caractère.