Le Qatar est une péninsule plate et désertique qui s'avance dans le golfe Persique, entre l'Arabie saoudite et le détroit d'Ormuz. Sa mer est à son image : peu profonde, chaude, souvent chargée de sédiments, aux antipodes des eaux limpides de la mer Rouge voisine. La plongée y est longtemps restée confidentielle, affaire de quelques centres de Doha et d'une communauté de résidents. Elle existe pourtant bel et bien, portée par des clubs installés dans la capitale, et elle a ses atouts propres, à commencer par une accessibilité qui en fait un bon terrain de formation.
L'essentiel de la plongée se pratique au large de Doha et de l'île de Halul, base pétrolière posée au nord-est de la capitale. Faute de barrière de corail, le pays a misé sur les récifs artificiels : des structures de béton, des carcasses de véhicules et de petites épaves ont été immergées pour créer des oasis de vie sur des fonds sableux, comme le New Club Reef ou le GMC. Ces sites peu profonds, poissonneux et faciles d'accès sont parfaits pour se former, faire de la photo macro ou plonger de nuit. Plus au large, autour de Halul, on trouve les meilleurs fonds naturels et la plongée profonde emblématique du pays, l'épave M/O Wreck, une barge posée près d'une plateforme par une vingtaine de mètres.
Mais la singularité du Qatar est ailleurs, à quatre-vingt-dix kilomètres des côtes, autour du champ pétrolier d'Al Shaheen. Là se rassemble chaque été l'une des plus fortes concentrations de requins-baleines connues au monde, un phénomène révélé par la recherche scientifique au début des années 2010 : les géants viennent s'y gaver des pontes massives de poissons. C'est un rendez-vous à part, car la zone est protégée et son accès étroitement contrôlé : on ne plonge pas en bouteille avec ces animaux, on les observe en apnée, lors de sorties d'une journée organisées par un opérateur agréé. Il ne s'agit donc pas d'une plongée à proprement parler, mais d'une rencontre en surface exceptionnelle.
La faune du golfe Persique complète le tableau. Le golfe est une mer extrême, où l'eau frôle dix-neuf degrés en hiver et dépasse trente-trois au coeur de l'été : seules des espèces très tolérantes y prospèrent. On y croise des tortues vertes et imbriquées, des raies pastenagues et des raies aigles, des murènes, des mérous, des barracudas, des seiches et, avec de la chance, l'un des dugongs qui broutent les herbiers du golfe. Ce n'est pas la mer Rouge, et personne ne le prétend : c'est une plongée d'ambiance et de curiosité, sauvée par un phénomène naturel de portée mondiale.