Socotra est un archipel de quatre îles perdu dans la mer d'Arabie, à quelque trois cent quatre-vingts kilomètres au sud du Yémen continental et à un peu plus de deux cents kilomètres à l'est de la Corne de l'Afrique. Cette position d'isolement extrême, à l'écart du monde depuis une vingtaine de millions d'années, en a fait l'une des terres les plus endémiques de la planète : plus du tiers de ses plantes n'existent nulle part ailleurs, à commencer par l'emblématique dragonnier au sang rouge et les arbres-bouteilles ventrus qui hérissent ses plateaux. Classé au patrimoine mondial de l'UNESCO en 2008 et souvent appelé les Galápagos de l'océan Indien, l'archipel vit au ralenti autour de sa petite capitale, Hadibo, entre montagnes, dunes et lagons.
Sous l'eau, Socotra ne ressemble à aucune autre destination de la région. Ses côtes ne sont pas bordées des jardins de corail limpides de la mer Rouge, mais de récifs mixtes, mêlant coraux durs et fonds rocheux, façonnés par un phénomène rare : chaque été, la mousson du sud-ouest fait remonter le long de ses rivages une eau froide et chargée de nutriments. Cette remontée nourrit une productivité énorme, mais impose aussi de fortes variations de température et une eau parfois laiteuse. Le résultat est un carrefour biologique où se rencontrent des espèces indo-pacifiques, arabiques et ouest-africaines : la science y a dénombré plus de deux cent cinquante espèces de coraux durs et plus de sept cent trente poissons côtiers, un chiffre encore revu à la hausse par les inventaires récents.
La plongée se concentre sur quelques secteurs. La côte nord-est, autour de la réserve communautaire de Dihamri et du récif de Rosh, offre les sites les plus accessibles et les plus fréquentés, avec leurs coraux durs, leurs tombants et leurs requins de récif à pointe noire et à pointe blanche. À l'ouest, la région de Qalansiyah réunit le lagon de Detwah, réservé à la palme-masque-tuba, et l'épave du Sunrise dans la baie de Shuab. Tout à l'est, le cap de Ras Irisseyl, balayé de courants, aligne des hauts-fonds jonchés d'épaves anciennes. On y croise poissons-perroquets, mérous, murènes, barracudas, bancs de vivaneaux, raies aigles et raies mantas, tortues vertes présentes toute l'année et, avec de la chance, les thons et les carangues qui patrouillent le bleu. Les dauphins, eux, accompagnent souvent les bateaux.
Il faut être clair sur un point : Socotra est une destination d'expédition, pas une plongée de tourisme ordinaire. L'accès se fait uniquement par vols charters saisonniers et par l'intermédiaire d'un opérateur, la saison de plongée est courte, d'octobre à mai, et l'archipel se ferme entièrement pendant la mousson d'été. Surtout, le Yémen est en guerre : si Socotra reste à l'écart des combats et relativement stable, l'ensemble du pays, l'archipel compris, est formellement déconseillé par les autorités françaises comme par la plupart des gouvernements. On s'y rend en connaissance de cause, en acceptant qu'aucune assistance consulaire n'y soit garantie.